Chère Jennifer Aniston

J’ai vécu mille vies. Je fus la girl next door, la good girl, j’ai essuyé quelques rumeurs et j’ai fini par être le boss à abattre.

Je n’ai pas assez de doigts pour énumérer les villes dans lesquelles j’ai posé mes valises et j’ai tellement expérimenté l’humain que j’apprécie ma solitude.

J’ai partagé des repas avec des marginaux, j’ai trinqué avec des hommes politiques et j’ai été secourue par des mafieux notoires.

Je fus dévisagée sans être envisagée parce que trop agile et pas assez fragile.

J’ai appris à aimer et à désaimer en moins de temps qu’il n’en faut pour baisser ma petite culotte.

Je fus protégée par des hommes qui s’interrogeaient de ne pas me voir les craindre.

J’ai souri lorsque des invités se sont retournés silencieusement vers moi et que les hôtes m’ont murmuré qu’ils se méfient toujours de la personne qui semble être la plus innocente. Ils m’ont alors avoué qu’ils savaient que mon regard pouvait être une condamnation à mort.

J’ai vu l’homme pour lequel j’aurais pris une balle se positionner derrière le viseur. Et celui qui a voulu me mater…a été mis en échec.

Et pourtant…

Je suis cette femme invisible aux yeux de celui qui attise ma curiosité, mais pour laquelle des inconnus se lèchent les lèvres dans la rue.

Je n’ai jamais été autant désirée qu’en mon absence, et je n’ai jamais été autant ignorée qu’en ma présence.

J’ai attendu celui qui regardait ailleurs, je me suis couchée pour celui qui m’avait remplacée, j’ai écarté mes cuisses pour retenir celui qui était en colère.

J’ai espéré tenir la main de celui qui finirait par me trahir, et je lui ai tendu la main pour l’aider à se relever.

Puis Tinder m’a achevé.

J’ai lu des hommes qui recherchaient leur reine mais qui voulaient s’assurer que leur compte Instagram dispose d’assez de nudité pour exciter leur libido.

J’ai fantasmé sur un homme qui stimulait autant mon cortex que mon sexe, mais pour lequel je n’étais pas assez jolie.

J’ai balayé du revers de la main ceux qui me reprochaient de ne pas avoir eu d’enfants. S’ils savaient …  

S’ils savaient comme je m’amuserais de les voir mouiller leurs pantalons à l’écoute d’une infime partie de mon histoire.

Enfin, j’ai mémorisé les deux profils de celui que j’avais trop aimé et trop attendu, parce qu’en matière de manipulation même le diable ne l’égale pas. 

Je me suis alors confiée à mon gangster. Il a pris mon visage dans ses mains et m’a confirmé que les trahisons ne viennent jamais de nos ennemis. Mon regard a rejoint le sien et il a essuyé mes larmes. Il a compris que mon cœur avait été pris pour cible. Etait-il agacé ? Je le crains.

Bien à toi,

Audrey Lisquit


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