Chère Carrie Bradshaw

CarrieBradshaw

Il y a 20 ans, le 6 juin 1998, était diffusé le 1er épisode d’une série au nom plus qu’évocateur : Sex and the City. Personnage principal, tu déambulais dans New-York en top, tétons au garde à vous, cigarette aux lèvres et crinière blonde.

Ton rôle ? Chroniqueuse des relations amoureuses et sexuelles pour un journal new-yorkais, largement inspirée par tes rencontres et celles de tes amies stéréotypées.

Que serait « Sex and the City » en 2018 ?

La série serait vite pauvre, les rapports humains se limitant à des textos pour s’inquiéter de l’autre et des sextos pour baiser. Eventuellement, on s’adonnerait à la masturbation devant youporn.

Les personnages seraient des trentenaires traumatisées en mal d’amour et leurs téléphones portables seraient une extension de leur rapport au respect.

La communication Hommes / Femmes ? La séduction ? Tu serais dépressive : l’époque est à l’immédiateté, pas à la sagesse, ni à la patience. Un désaccord, une dispute et on prend en pleine face une fin de non recevoir.

Une femme se refuse à un homme ? Elle est servie en insultes.

Les femmes assumeraient leurs formes, leur sexualité, et préfèreraient tenir haut leurs seins que garder la tête haute. Oui, il est de toute évidence plus facile de se mettre à genoux que de faire face à un homme.

Les hommes, castrés dans leur manipulation des relations humaines, reprocheraient aux femmes leur propre comportement et feraient preuve d’une belle muflerie.

Oui, chère Carrie Bradshaw, ce que tu as raconté dans ta série était bien gentil, je dirais même plutôt équilibré.

Mais je tiens à te rassurer : il y a encore les belles rencontres avec de belles personnes.

De celles qui bousculent nos tripes, nos règles, nos préjugés.

Un soir. Un bar. Un concert. Un barman. Coup de cœur. Sourires. Grosse gène. Putain, il est plus jeune que moi. Dommage. Mais quelle gentillesse il dégage ! Les mois passent et enfin il m’invite.

Pendant presqu’un an, je me suis battue avec ma conscience. J’ai pleuré, seule chez moi, d’avoir rencontré une si belle personne mais de ne pas être au même moment de nos vies – expression mignonne pour ne pas avouer notre différence d’âge.

Je me suis laissée porter. J’ai accepté son mode de vie : une colocation qui ressemblait plus à un squat.

J’ai régulièrement lavé des tasses, malgré la présence d’un lave-vaisselle.

J’ai acheté des lingettes pour asseoir mon popotin sur un siège de toilettes qui me faisait craindre l’infection urinaire.

J’ai posé mes espadrilles au bord de la baignoire pour éviter les mycoses aux pieds.

J’ai ouvert mes cuisses et fermé ma bouche, au risque de bouder mes orgasmes, parce que ses potes occupaient le canapé du salon, et faut pas charrier, je n’allais pas leur faire vivre nos ébats sexuels.

Il m’a dit une 1ère fois qu’il m’aimait. Je lui ai répondu que je l’aimais.

Et nous sommes devenus des canards : les mots doux, les je t’aime, la bienveillance, le regard qui brille….et des chiens fous dans la cuisine. Oui, pendant que nous cuisinions ensemble, nous avions un petit rituel : une sorte de sage red nose … avec réciprocité. Des canards je te dis.

Puis ce qu’on appelle « le destin ». L’erreur fatale. Putain d’impatience. Putain de mémoire. Putain de téléphone.

Mon canard n’a pas supporté. Mon canard n’a plus eu la patience. Mon canard n’a pas accepté mes excuses. Mon canard m’aimait le mardi matin, et me détestait le mercredi midi. Celui qui m’avait acceptée sans conditions, qui m’avait apporté légèreté et sourire, me regardait avec colère. Auprès de lui je m’étais reconstruite, j’avais repris confiance et surtout, j’avais ri. Et que son rire me manque !

Alors, au diable les bien pensants, les règles, la normalité ! Si c’était à refaire, je foncerais, sans hésiter, parce que « La vie est courte. Transgressez les règles, pardonnez rapidement, embrassez lentement, aimez véritablement, riez sans contrôle et ne regrettez jamais quelque chose qui vous a fait sourire » (Mark Twain).

 


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