Sous la couette

Il y a des ruptures qui affaiblissent, d’autres qui endurcissent. Non ! Je dirai plutôt qu’il y a des ruptures qui soulagent.

Je suis allongée sur mon nouveau lit. « Matelas à ressorts biconiques, équipé d’un soutien performant trois zones et d’un accueil moelleux. »

Je me rappelle être restée stoïque lorsque le vendeur m’a fait la description du matelas. Mais comme j’étais face à un homme et que j’étais en pleine période « je suis une femme et je le vaux bien », je m’étais exclamée : biconique ! Très bien ! Puis la tête légèrement penchée sur le coté et la main sur ma hanche : « Si en plus vous me dites « accueil moelleux », c’est sûr, ça me parle … »

Moelleux … Ce mot me rassurait, je pensais brioche, petite douceur, sucrerie… Que des images réconfortantes, surtout rien de sensuel, évidemment, du fait de ma nouvelle condition.

J’étais bien restée dix secondes, l’index posé sur la bouche, petits mouvements de tête vers le matelas, quand enfin ce vendeur m’avait proposé de me renseigner sur un sommier.

Dans mon lit, donc…seule. Tant mieux, j’ai plus de place, il n’y a pas un énorme bras qui m’écrase le corps, je ne suis pas collée à un corps transpirant.

N’empêche, quand je me suis couchée la veille, je me suis mise sur le coté gauche, en chien de fusil pour laisser de la place. Comme si j’attendais que mon homme se glisse sous la couette, pousse un grognement tout en s’approchant délicatement pour glisser une main entre mes cuisses…

C’est au cours de la nuit que je me suis souvenue que j’étais dorénavant célibataire et que je pouvais donc m’étendre, et même me mettre en diagonale. Très agréable cette sensation d’avoir un lit tout propre quand on déplace sa jambe de quelques centimètres…

Maintenant, ce doit être le matin. Mon réveil ne devrait pas tarder à me réveiller de sa douce mélodie. Mon subconscient se réveille et c’est là que je remarque, évidemment, ma position : en étoile de mer au milieu du lit, ma couette remontée jusqu’à la pointe de mon nez, mes mains agrippées au rebord de chaque coté de mon visage. Mon réveil sonne. Non, je ne me réveillerai pas. Mes paupières ne tentent même pas une ouverture. Et puis ce n’est pas grave, j’arriverai en retard au travail.

Je reste ainsi, protégée par ma nouvelle couette, et cette odeur de lavande que j’ai distillée sur mes oreillers.

Les rayons du soleil plongent sur mon lit. Et là, alors que je devrais culpabiliser, je trouve jouissif de prendre cette liberté d’être en retard. Je ne trouverai pas d’excuse, je dirai en toute simplicité que j’ai fait l’étoile de mer, que j’étais sereine dans mon nouveau lit.

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